Le mortier de chaux pour joint se définit par un ratio entre un liant (chaux aérienne ou hydraulique) et un agrégat (sable), ajusté selon la dureté de la pierre et l’exposition du mur. Un dosage inadapté provoque soit un mortier trop rigide qui fissure la pierre, soit un joint trop friable qui se délite en quelques saisons. Le choix du sable pèse autant que celui de la chaux dans la réussite du mélange.
Équivalent sable et granulométrie : le paramètre que le dosage seul ne règle pas
La plupart des guides de dosage raisonnent uniquement en volumes de chaux et de sable. Le problème est que deux sables de même granulométrie nominale (0/2 ou 0/4) peuvent donner des mortiers radicalement différents selon leur teneur en fines, c’est-à-dire en particules argileuses et limoneuses.
Un bon sable pour joint de chaux présente un équivalent sable autour de 75 %, ce qui signifie qu’environ un quart de sa masse est constitué de fines. Ces fines comblent les micro-vides entre les grains et réduisent le besoin en liant. Les sables du commerce, lavés, affichent souvent un équivalent sable supérieur à 90 % : presque aucune fine, donc beaucoup plus de vides à combler.
Avec un sable lavé, deux options existent. Soit on augmente la proportion de chaux (ce qui rigidifie le mortier et augmente le coût), soit on réintroduit des fines en ajoutant de la terre argileuse locale. Cette seconde solution donne un mortier plus cohésif, d’une couleur proche du terroir, et légèrement plus hydraulique. Un surdosage en fines ralentit la prise et rend le mortier sensible au gel pendant le séchage.

Dosage chaux sable pour joint : ratios selon le type de chaux
Le ratio standard en volumes dépend du type de liant choisi. Deux grandes familles coexistent : la chaux aérienne CL 90 et les chaux hydrauliques naturelles (NHL 2, NHL 3,5, NHL 5).
Chaux aérienne CL 90
La chaux aérienne fait sa prise uniquement au contact du CO₂ de l’air. Elle produit un mortier très souple, adapté aux pierres tendres (tuffeau, calcaire coquillier). Le dosage courant pour des joints est d’un volume de chaux aérienne pour deux à trois volumes de sable. Ce mortier reste perméable à la vapeur d’eau, ce qui protège les maçonneries anciennes de l’accumulation d’humidité.
Chaux hydraulique NHL 3,5
La NHL 3,5 fait prise à l’eau puis durcit à l’air. Elle convient à la majorité des pierres de dureté moyenne (calcaire dur, grès). Le dosage habituel pour les joints est d’un volume de chaux NHL 3,5 pour trois volumes de sable. Ce ratio donne un mortier plus résistant mécaniquement que la CL 90 tout en conservant une bonne souplesse.
Chaux hydraulique NHL 5
Réservée aux pierres très dures (granit, basalte) ou aux zones fortement exposées à l’humidité. Le ratio passe à un volume de NHL 5 pour deux à trois volumes de sable. La NHL 5 donne un mortier nettement plus rigide, ce qui la rend inadaptée aux pierres tendres ou aux murs présentant des mouvements structurels.
Adapter le dosage du mortier de chaux au support existant
Un mur en pierre rarement homogène pose un problème concret que les tableaux de dosage ne mentionnent pas. Les murs anciens présentent souvent des reprises au ciment Portland, parfois sur des zones localisées (linteaux, soubassements). Appliquer directement un mortier de chaux aérienne CL 90 sur ces zones cimentées crée un différentiel de rigidité qui provoque des fissures à l’interface.
Le protocole recommandé dans ce cas consiste à appliquer d’abord un mortier de transition en NHL sur les parties cimentées, avant de rejointer l’ensemble du mur à la chaux aérienne. Ce ragréage de compatibilité lisse les écarts de comportement mécanique entre la zone rigide (ciment) et la zone souple (chaux aérienne).
- Sur pierre calcaire tendre sans ciment : chaux aérienne CL 90, ratio 1 pour 2 à 3 de sable, sans couche de transition.
- Sur mur mixte pierre et reprises ciment : mortier NHL 3,5 en couche intermédiaire sur les zones ciment, puis joint général à la CL 90 ou à la NHL 3,5.
- Sur granit ou pierre très dure : NHL 5, ratio 1 pour 2 à 3 de sable, en une seule passe.
- Sur mur exposé aux remontées capillaires (soubassement enterré) : NHL 3,5 ou NHL 5, jamais de CL 90 seule, car la prise aérienne ne se fait pas en milieu saturé d’eau.

Perspirance du mortier de joint : la contrainte du NF DTU 26.1
Sur bâti ancien en pierre tendre, le NF DTU 26.1 impose un facteur de résistance à la vapeur d’eau (µ) inférieur ou égal à 10 pour les mortiers et enduits. Cette exigence de perspirance garantit que le mur continue d’évacuer l’humidité vers l’extérieur.
Un mortier trop dosé en chaux hydraulique forte (NHL 5) ou enrichi en ciment Portland dépasse facilement ce seuil. Le résultat : l’humidité reste piégée dans la pierre, provoquant salpêtre, éclatement superficiel et dégradation accélérée du parement. Sur un mur ancien en tuffeau ou en pierre de taille calcaire, un joint au ciment pur peut générer des dégâts visibles en quelques années.
Cette contrainte technique oriente le choix vers la CL 90 ou la NHL 2 pour les pierres les plus tendres. La NHL 3,5 reste compatible si le dosage en liant reste modéré (ratio 1 pour 3 minimum). Mélanger chaux et ciment blanc, parfois recommandé pour gagner en dureté, fait monter le µ du mortier et sort souvent du cadre réglementaire sur bâti ancien.
Gâchage et consistance : le rôle de l’eau dans le dosage final
L’eau s’ajoute progressivement, jamais en une seule fois. La consistance visée pour un mortier de joint est celle d’une pâte ferme qui tient sur la truelle inclinée sans couler. Trop d’eau affaiblit le mortier, allonge le temps de prise et favorise le retrait au séchage (donc les micro-fissures).
- Mélanger d’abord chaux et sable à sec, jusqu’à obtenir une couleur homogène.
- Ajouter l’eau par petites quantités, en malaxant après chaque ajout.
- Laisser reposer le mélange une dizaine de minutes avant de le remalaxer (cette étape, parfois appelée « maturation », améliore la plasticité).
Sur un mur en pierre, humidifier le support avant l’application du joint. Une pierre sèche absorbe l’eau du mortier trop vite et empêche la prise correcte du liant. La pierre doit être humide en profondeur mais sans ruissellement en surface.
Le dosage chaux sable pour joint ne se résume pas à un ratio unique applicable partout. La dureté de la pierre, la présence de reprises au ciment, la granulométrie du sable et la contrainte de perspirance du DTU forment un système où chaque variable modifie les autres. Un mortier de chaux correctement dosé pour son support reste souple, perméable à la vapeur, et tient plusieurs décennies sans intervention.